L'agriculture et les chartreux
L'agriculture en Chartreuse

| Site: | Chartreuse Port Sainte Marie |
| Cours: | Bienvenue dans l'espace " Découvrir" |
| Livre: | L'agriculture et les chartreux |
| Imprimé par: | Visiteur anonyme |
| Date: | Monday 24 August 2026, 04:02 |
1 Le domaine agricole de Montagne
Le domaine de montagne des chartreux peut se diviser en deux parties : celles exploitées directement par les chartreux à partir de la ferme du site et dans leurs deux granges : Montavert et le fief des chaumes et les propriétés en métairies qui sont les plus nombreuses. Ce domaine s'est constitué à partir de donations,d'achats d'échanges. Il faut se rappeler que selon l'ancienne législation, les tenanciers qui ne pouvaient s'acquitter des cens annuels ne pouvaient vendre les terres féodales à d'autres qu'aux anciens seigneurs de ces terres et les famines les épidémies qui ont régulièrement frappées la région ont favorisées ces rachats.
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- A la chartreuse, les frères chartreux, les convers assurent la gestion du domaine agricole sous la direction du procureur. Leur vie se partage entre temps de prière dans l’église et le travail à l’extérieur ou dans le cellier. Mais cet emploi du temps varie selon les époques de l’année, les temps de prières sont diminués pendant la grande activité agricole au printemps et en été. En dehors des frères convers, d'autres personnes interviennent pour assurer les différentes tâches agricoles et autres. Ce sont les donnés ou oblats qui vivent temporairement ou définitivement à la chartreuse dans le but d’expier leurs péchés ou à la suite d’un vœu. Ils suivent les mêmes « coutumes » que les frères convers. Et enfin ce sont surtout les ouvriers agricoles qui sont les « employés » de la Correrie ou des domaines. Ils sont rémunérés pour leur travail et ne participent pas à la vie religieuse du monastère. Ils résident dans les communes avoisinantes dans de petites maisons, " les maisons de journaliers " qui se retrouvent encore dans les villages autour du monastère. Enfin les métayers peuvent aussi avoir à assurer des journées de charroies ou de manoeuvres, de bohades (fourniture d'une paire de bœufs ou d'une charrette, pour transporter du vin) ou vinades (fourniture de deux paires de bœufs ou d'une charrette, pour transporter du vin) en dehors des versements en nature.
"il lui appartient de plus dix petites métairies situées dans un païs de montagne qui peuvent rapporter tant en croit de bétail qu'en récoltes de grains , l'une portant l'autre 200 livres" ( déclaration de revenus 1729) L'études des baux de 1770 par E. Montpied et A. et M. Faure montre que, s'ils sont d'une grande précision, ces baux différent peu des clauses des autres baux de cette région des Combrailles. Par leur étude, on peut remarquer :
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M.Roumy |
La vente du domaine de Maix en 1702 citée par l'Abbé Mioche, nous permet de mieux connaitre le contenu d'un de ces domaines
"Voici l'état de bâtiment du domaine de Maix :
« ….1 Une maison avec une petite chambre, un petit grenier au-dessus de ladite chambre, et un estable entre ladite maison et ladite chambre
avec un four joignant à la taupeine dudit bâtiment et un petit estable de pourceau audessous, le tout contigu avec ses aisances;
2 Une grange d'en haut avec deux estable attouchant avec leurs aisances;
3 Un petit estable, proche de. deux cy devant,la barrière entre deux;
4 Deux autres granges avec un estable de brebis, le tout contigu avec les aisances. »
Toutes les propriétés du domaine sont indiquée et confinées ~.
« Bestail du dornavne de May, à M. de la Vergne:
« Trois paire de bœufs; dix vaches, huit d'ycelles plaines et les autres vassives ; dix velles ou taureaux; cent cinq brebis, et cinquante agneaux…. »
le jardin du monastère
Comme le souligne N. Nabert, la gestion des jardins et productions de la correrie fait l'objet d'un certain nombre de textes, dans "les coutumes" de Guigues Ier il est noté la répartition des tâches et tout cs qui concerne les besoins alimentaires en vin, pain, salade, herbe potagère, fruit, fromage, poisson et œuf qui justifieront l'organisation du jardin potager et du verger mais aussi de la pisciculture.
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L'ordre des Chartreux interdit la viande et volailles de toutes sortes. Les moines sont autorisés à manger des œufs, du poisson et des produits laitiers, une alimentation essentiellement végétarienne de la communauté qui nécessite un jardin riche et varié. Le jardin est donc un élément du quotidien de la vie en chartreuse, élément de la structure de la cellule mais aussi indispensable pour les besoins alimentaires. Au Port Ste Marie, même si les plans évoquent plutôt un jardin à la française, on imagine que ce jardin se composait de plusieurs espaces bien délimités : le jardin des simples, le jardin potager pour assurer la nourriture des moines et de leurs ouvriers, le verger et le carré liturgique pour le fleurissement de l'église. Pour mener à bien cette exploitation le frère Jardinier disposait d'un local spécifique qui fut vandalisé durant la période révolutionnaire. |
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Le jardin des simples, domaine du barbier, regroupe les plantes médicinales qui sont utilisées pour les moines mais aussi pour les pauvres qu'ils accueillent et qu'ils soignent. Jusqu'au XVIIIe siècle, on a l'habitude faire le lien entre la forme et l'aspect des plantes et leur propriétés thérapeutiques selon la formule similia similibus curantur "les semblables soignent les semblables". Pour l'organisation de ces espaces médicaux on se base plutôt sur l'usage des plantes : les plantes à fièvres, les plantes vulnéraires pour les traumatismes et les plaies (l'achillée mille-feuilles dite herbe aux charpentiers capable de stopper le sang, la grande consoude, réparatrice de blessures, l'aigremoine, la cicatrisante; le millepertuis, anti-brûlures), les purges, les plantes des maux de ventre (fréquents en raison d’une nourriture mal équilibrée), les plantes antivenimeuses.
Dans le jardin potager, on retrouve plusieurs types de production :
- les herbas crudas (les herbes qui se mangent crues) : les salades comme la chicorée que l'analyse pollinique trouve en quantité dans la cellule ou les plantes aromatiques pour la cuisine comme pour la pharmacopée,
- les leguminae (légumes secs) : les fèves, les pois, les vesces, les haricots,
- les olerae (légumes verts) : les choux, les poireaux, les bettes,
- les radices ( les racines) : raves, navets, carottes. On peut cependant supposer que différents légumes étaient alors cultivés comme les choux, poireaux, carottes, poirées, fèves, houblon (des plants subsitent encore sur le site).
Le verger
La culture des arbres fruitiers est très recherchée en montagne. les moines font grande consommation de poires, prunes, pommes.
En 1257, la présence de fruitiers sauvages dans les forêts de Montaigut est évoquée. Il semble que les chartreux développent cette culture au moyen de greffes. En 1790, la présence de vergers de luxe dans l’enclos est attestée. L'acte d'adjudication du monastère précise aussi "il y a beaucoup d'arbres fruitiers et espaliers, des allées de tilleul".
Quelques pommiers subsistent aujourd’hui sur le site qui se rapprochent plutôt des pommes à cidre. Cette présence nous permet de rappeler les compétences des hartreux dans la culture des arbres fruitiers, en particulier à la chartreuse de Vauvert à Paris où au XVIIIe siècle, les chartreux constituent une pépinière réputée dans la France entière et dans tout le monde occidental; un patrimoine qui perdurent dans les collections du jardin du Luxembourg.
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Les forêts
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Au XIIIème, lors de leur installation, c'est au milieu des bois que les chartreux s'installent comme l'indique plusieurs textes où les donations de terrain stipulent l'autorisation de défricher. Ces forêts à cette époque semblent regrouper des essences de hêtres, de chênes mais aussi des pommiers, des cerisiers ou pruniers fruitiers sauvages. Dans ces forêts, les chartreux ont le privilège "d'user et de disposer librement de leurs bois sans être pour ce inquiétés par les officiers du roi", privilèges confirmés par un arrêté du Conseil d'état du 5 juillet 1717. Cette situation est peut-être à rapprocher du fait que les chartreux sont de bons gestionnaires de leur domaine forestier. On note dans les baux que les preneurs sont régulièrement tenus de planter une certaine quantité d'arbres pour assurer le renouvellement du bois. A Vanauze, c'est sur 10 toises que le métayer doit assurer la plantation de plants vifs, à La Rossignol c'est 8 brassées. Au cours des siècles, les chartreux régulièrement leurs domaines forestiers. Les limites des bois de la rive droite de la Sioule sont marqués par la présence de bornes "per metas, cruces et signa". Une gestion durable de la forêt qui semble une pratique caractéristique de l'ordre (Les montagnards de La Ruchère et l’ordre des Chartreux.-Emilienne Pepy) Malgré les défrichements, le domaine forestier des chartreux est relativement important pour un domaine ecclésiastique en Auvergne. Il comprend en 1730, 700 arpents répartis entre futaies de chênes et de hêtres et 583 arpents en taillis de chênes et de hêtres (Vigouroux). L'inventaire du 19 mai 1790, nous apprend que les chartreux "retirent annuellement une somme de dix-sept cent cinquante livres de produits des bois taillis qu'ils ont dans les environs de la dite chartreuse". Ces bois sont surveillés par un sergent et un garde, en vertu d'une lettre de sauvegarde du duc de Bourbonnais et d'Auvergne, enregistrée à la sénéchaussée de Riom. Un acte de 1435 mentionne le nom de Romeuf Sudre et un de 1485 celui de Pierre Monfreid. |
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Les prairies
Les chartreux ont toujours été très soucieux de l’entretien de leurs prés. En Montagne, ils distinguent les prés « prats » à l’herbe haute et dense, des pâtures (pascu): landes peu boisées. Ces prés située dans le désert ou dans le territoire d’une de leurs granges sont cultivés directement par les chartreux ou acensés mais ils font toujours l’objet d'aménagements par les moines. C’est ainsi qu’ils achétent des droits d’eau aux bénédictines de Montfermy pour arroser les prés de Malgeule et Cotefait, qu'il créèrent la chaussée de Malgueule pour capter les eaux du Torson et de la Sioule et qu’en Limagne, ils font creuser des fossés pour le drainage.
Dans ces prairies, en 1790, les chartreux "récoltent annuellement cent vingt chars de foin dans les prés qu'ils ont dans les environs de la dite chartreuse et vingt chars de regain".
L'élevage
Le bétail
"Dans la girarde se trouve tout ce qui peut être utile à une grande manutention des écuries pouvant tenir environ 20 chevaux, des étableries à tenir trente bêtes, de granges pour ameubler les fourrages nécessaires". Cette description est une des seules informations sur la ferme interne au couvent. Mais l'étude de M. Roumy à partir des baux des métairies des chartreux nous donne des informations sur la quantité d'animaux et leurs espéces, ce qui permet en particulier de remarquer l'importance de l'élevage ovin. Ces produits de l’élevage servent à la consommation du couvent mais étaient aussi une source importante de revenus pour les chartreux.
Si, dans les baux, il est mentionné que le bétail est en propre aux chartreux, on remarque, par contre, que le laitage des bestiaux appartient aux métayers qui, en échange payent chaque année des redevances en beurre, fromage et oeufs.
Les chartreux possédent une basse cour et ont aussi des redevances qui leur permettent d’obtenir des gélines (poules) et donc des sources d’œufs. Les oeufs sont un élément important du régime alimentaire des moines et les poules fournissent duvets et plumes pour la fabrication des couettes.
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Extraits de baux Le 12 avril 1776 : bail de métairie du domaine des Bouchauds à moitié de fruit, pour trois ans renouvelable tous les trois ans entre les chartreux et Grégoire Gilbert et Louis Mazuel, pères et fils,originaires du village des Richauds, paroisse de Chapdes-Beaufort : « trois paires de bœufs arrants, douze vaches garnies ou avec leurs veaux, trois torraux, trois velles,une jument avec son poulin,plus vingt moutons de trois ans, trente un moutons d’un an et cinquante quatre brebis avec leurs aigneaux de l’année, toutx lesdits bestiaux de différent poil, lanage et age au cheptel prix la somme de dix sept cent soixante et dix livres ». (5 E 22 DEP 290 : Maigne, notaire à Chapdes-Beaufort)
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Le poisson
Pour leur alimentation, les moines ont besoin de poissons. Ils en disposent grâce à leurs étangs: 3 à St Gervais (Malmost, Courieux et Pommeyrol), 2 à Chapdes (le Gho, les Estanchons) et aux Ancizes (la Paleine) et à leurs viviers au nord du site et à Prompsat.
A leurs pêcheries de Chapdes, Comps, St Georges et Gouttières.
A leurs droits de pêche qu'ils ont su garder sur les ruisseaux qui traversent leurs terres à Chapdes, à l'étang de Chancelade.
Un ensemble de textes témoigne de ces pratiques : en 1476, il est mentionnée « les peschiéres vieilles » de Rousset. La déclaration des revenus de 1729 nous indique "que pour les étangs :la pêche se fait de quatre en quatre ans.
Parmi les installations pour se fournir en poisson, M. Vigouroux, cite la nasse de Tournobert constituée par deux digues de maçonnerie barrant presque toute la rivière et formant un musoir disposé à contre-courant et débouchant dans un large vivier à eau creusé dans le roc achetée le 16 novembre 1501 au prix de 17 livres tournois à Jean et Michel Bosset en compensation d'une créance.
Au XVIIIéme, la Sioule est riche en truite, comme l'indique les baux de la métairie de Confolens sur la paroisse de Miremont où il est mentionné que le métayer doit fournir un quintal par an de truite. On connait par ailleurs la présence du saumon dans la Sioule par les contrats de louage qui indiquent que ce poisson ne doit pas être servi plus de deux fois par semaine.
Il semble bien que ces différentes ressources ne servent qu’aux besoins des moines et de leurs journaliers. Dans l'inventaire du 19 mai 1790, il est mentionné : "le produit en poisson se consomme dans leur maison".
Les cultures
Autour du monastère et dans les différentes parties du domaine, les terres sont aussi cultivées pour la production des céréales parmi lesquelles on trouvait le seigle, l'avoine, le froment, le blé de mars au rendement le plus souvent faible.
Le chanvre dont la culture est très courante est semé en avril-mai pour être récolté en août-septembre, les tiges mâles et femelles n'arrivant pas à maturité au même moment.Il avait de multiples usages notamment pour l’agriculture, pour fabriquer des cordes, du tissu pour les vêtements et les draps, de l'huile avec les graines. Le chanvre et le chénevis produits sur les domaines restent aux métayers qui doivent en échange de la toile aux chartreux.
| Pour la culture, encore au XVIIIème siècle, le seul instrument aratoire est l'araire de bois formé d'un sabot de bois triangulaire en 3 pièces auquel est fixée une règle de fer au bout pointu avec un mancheron unique long. Elle est tiré par deux boeufs a l'aide d'une tige ou d'une chaîne. |
Site culture allier |
Dans les baux il est fait mention des superficies des terres labourables en setier : espace que l'on peut ensemencer avec un setier de grains. La superficie des prairies peut être exprimée en journal ce qui correspond au temps de fauchaison (le pré pouvait être fauché en 1 jour) ou en fonction de la quantité de récolte : un pré de "x chars de foin" .
2 L'organisation et la gestion du domaine viticole
Entrée de l'enclos de Prompsat Les ermites du Port organisent leur domaine autour de Prompsat où ils disposent d'un vignoble, d'un enclos d'environ 4 hectares avec une maison et des dépendances, d'un petit domaine à Marsat, des vignes et terrains sur les communes de Davayat, Gimeaux, Teilhéde, Vendon, Cellule, Chatel. Le jardin de l'enclos |
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Pour structurer leur domaine, les moines, comme le mentionne M. Montgrion ont eu « la sagesse pour des raisons météorologiques et pratiques de procéder à ce remembrement en créant des propriétés de superficie moyenne, réparties dans divers terroirs d'une même paroisse ». À Prompsat, on observe la répartition sur une vingtaine de terroirs. Cette situation est aussi à rattacher au mode de gestion des Chartreux qui privilégient dès qu'ils le peuvent le faire valoir direct et seules les vignes éparses sont alors données à un censitaire ; propriétés qu'ils essayent d'échanger contre des terres ou des vignes plus proches de leur chais dés que cela est possible. La superficie des vignes est évaluée en fonction du temps nécessaire pour la taille on parle d'une vigne de "x oeuvres".
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Livre de Santé d'Aldebrandino de Sienne |
L'influence de ce domaine paraît avoir rayonné sur une dizaine de paroisses des environs. La maison de Prompsat est gérée par un ou plusieurs frères convers ou donnés résidant assez régulièrement, aidés par des paysans du village ou venus des Combrailles. En 1738, il est fait mention de la sépulture de Massi, 52 ans valet des chartreux, originaire de Saint Jacques d'Ambur, bénéficiant de leur confiance . |
En 1331, ils ajoutent à leur domaine viticole un verger à proximité de leur cellier pour leur valoriser leur terroir. Ils achètent des droits : droits pour détourner les eaux et aussi droits banaux sur un ruisseau ce qui va leur permettre de mener des travaux d'irrigation.
Ils installent aussi une sauleraie pour drainer les eaux superficielles et fournir des matériaux pour réaliser hottes, paniers ou liens pour la vigne
Lors de la vente du domaine en 1791, il est aussi fait mention de
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"une petite noyerée près des susdits bâtiments et qui est séparée que par le chemin contenant entour 220 toises (880 ml), dans laquelle il y a 17 noyers, moyens et petits, ladite noyerée close de murs de 3 à 4 pieds (52), plus une autre terre dont la majeure partie est plantée en noyers de la contenance entour trois septérées, une quartellée (terroir de la Condamine - 13 000 ml), confinée par un chemin de bise. » (M.Roumy) et aussi de plusieurs prés vergers mais pour lesquels il n'est pas précisé la nature des arbres. |
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C’est dans un souci de diversification mais aussi, sans doute suite aux dires du visiteur de l'ordre qui cette même année déclare que "le vin de la maison est trop inférieur, que les jeunes religieux, les novices et les vieillards ont besoin d'un vin plus généreux" que le 12 novembre 1647, les chartreux achètent, aux Martres-de-Veyre, 60 œuvres de vigne (entre 2,4 hectares et 3,6), y compris un cuvage et tout son mobilier, augmentées d'une vigne et verger attenants. Le prieur précise pour justifier cet achat qu'il vaut mieux acheter une fois pour toute un bon vignoble, plutôt que d'envoyer frères et procureurs acheter des crus dans la province, au risque de scandaliser les fidèles. En 1791, il est fait mention de 86 œuvres de vigne aux Martres-de-Veyre. |
3 L'influence des chartreux sur l'agriculture
Nous publions ici l'intégralité d'un texte de l'abbé Mioche qui avait analysé au XIXéme siècle l'impact des chartreux sur l'agriculture locale.
"Les chartreux du Port Ste Marie font faire des progrès à l’agriculture, à la pisciculture à l’arboriculture pendant le 13éme siècle et les siècles suivants
Les chartreux gardent continuellement la cellule ils ne sortent jamais pour se livrer aux travaux des champs néanmoins ils firent faire par l’intermédiaire de leurs frères, de leurs domestiques ou de leurs fermiers des progrès à l’agriculture, à la pisciculture, à l’arboriculture dans les environs du Port Sainte marie mais que de difficultés ne rencontrèrent ils pas pour fertiliser cette partie de la vallée de la Sioule. Il fallait tracer des chemins dans ce désert affreux sur certains points des forêts vierges entrecoupées de gorges profondes au fond de la vallée. il fallait repousser la rivière tantôt sur l’un de ses bords , tantôt sur l’autre élever ses eaux au moyen de digues creuser de longs caniveaux dans de durs rochers. Ce que les seigneurs de Beaufort n’avaient osé entreprendre sur la rive droite de la rivière ce que les seigneurs d’Embur et de la Rochebriand n’avaient osé entreprendre sur la rive gauche les chartreux l’amenèrent à bonne fin avec du temps et de la patience beaucoup de travail et de ténacité. Ils créèrent dans la vallée du Roc des Cheirs (au-dessous du village d’Andan) au ruisseau de Teisson qui descend du village de Cotefaite de magnifiques prairies qui font aujourd’hui près de 300 chars de foin Ils abattirent biens des forêts défrichèrent bien des bruyères détournèrent les lits de plusieurs ruisseaux et peu à peu ils formèrent prés de leur monastère une foule de domaine. Sur la rive droite de la Sioule les domaines des Bouchauds, de Farges, des Ancizes
Sur la rive gauche le domaine des chaumes, de la Chapelle et au fond de la vallée ils établirent les beaux moulins de la chartreuse et créèrent les belles prairies qui les entourent. Ils firent dans cette région ce que les bénédictins avaient fait longtemps avant eux à Menat, à Chambonnet, à Montfermy et sur tant d’autres points ou ils étaient établis dès le cinquième siècle. Nous ne devons pas être étonnés de trouver des moines sur tous les points les plus fertiles de la vallée de la Sioule ; Les seigneurs riverains ne comptant pour rien les terrains qui dans leurs vastes domaines touchaient à la Sioule les cédaient volontiers aux premiers religieux qui le désiraient. En outre ces bons religieux trouvaient dans cette vallée un climat fort doux, du poisson à discrétion et surtout des solitudes parfaites ou ils pouvaient vivre éloignés du monde dans la plus douce paix et le plus profond silence.
Voici des faits qui prouvent que les chartreux s’occupèrent dès leur arrivée à créer des prairies.
D’après une charte datée du 1263 ils obtinrent moyennant quatre deniers de cens du P. Prieur de Montfermy l’autorisation de détourner le ruisseau de Torson Teisson, ils obtinrent ainsi les prairies de Montagut. Ces prairies se trouvent sur la rive gauche du ruisseau qui descend du village de Cotefaite à l’endroit où il se jette dans la Sioule. Les chartreux avaient acquis le territoire de Montagut en 1234 et en 1240. Dans la charte ou il est parlé de ces acquisitions il n’est pas fait mention des prés de Montagut il est probable qu’alors ils n’existaient pas.
Voici l’abrégé de la charte de 1263 « Consentement du P Prieur de Montfermis pour l’eau du rif de Torson au profit de la maison du Port Sainte Marie est fait mention que le dit rif descendant de Cotefaite jusqu’au fleuve Sioule fait la division de deux terres les chartreux pourront détourner ce ruisseau et le conduire sur leur territoire à volonté moyennant quatre deniers de cens. »
Au sujet de la belle prairie de Malgueule qui se trouve à 1 kilomètre du monastère du coté de Pontgibaud et qui faisait partie du domaine des Bouchaux nous avons trouvé une charte sur laquelle nous avons lu l’abrégée qui suit : « 1337 Consentement d’hélios abbé d’Esbreules et de Guillaume prieur de Montfermis pour la prise d’eau de la nasse de Malgueule pour arroser les prés de messieurs les religieux de la chartreuse du Port Ste Marie moyennant un septier de seigle chaque année. »
Les vénérables pères élevèrent des canneaux, refoulèrent les eaux de la rivière tantôt sur la rive droite tantôt sur la rive gauche ils employèrent pour cela des fagots comme on le fait sur les bords de la Dordogne mais dans des endroits les plus exposés dans les endroits attaqués de front par la rivière Ils employaient des lits de poutres et des rochers ils dirigeaient la tête des poutres couchées à 3-6-9 pieds au-dessous du sol séparées les unes des autres par des rochers contre le courrent de la rivière où les eaux des plus furieuses inondations venaient se briser sans pouvoir entammer la prairie. Nous avons vu ce genre de travaux dans le pré de Chènevière un peu en dessous du monastère la plupart des digues et canneaux établis par les religieux du Port Sainte Marie existent encore. Pour obtenir un pré au pied de la montagne des Fayauds à coté et au sud du monastère ils détournèrent de son lit le ruisseau du Soulier sui séparent les communes de Chapdes Beaufort et de Comps
Ils firent aussi pour cela un fossé profond dans le flan de la montagne des Fayauds ce fossé que l’on voit encore aujourd’hui à plus d’un kilomètre de long mais comme l’eau conduite dans la nouvelle prairie coulait dans un terrain graveleux ou entre deux couches de terre pénétrait dans le jardin du monastère et jusque sous les cellules des religieux on fut obligé de renoncer à cette prise d’eau et de laisser le ruisseau du Soulier couler dans son lit naturel à force de travail et en employant divers moyens les chartreux créèrent successivement sur la rive gauche de la rivière du ruisseau de Teisson au rocher du Chirs, les prés de Montaigut, du moulin de Chirs et sur la rive droite les belles prairies de Chambon, de Malgeule toutes celles qui entourent le monastère la prairie e la chènevière et celle de la cote des Fayauds le tout pouvant faire de 200 à 300 chars de foin. Les prés de Malgeule et du Chambon furent donnés au domaine des Bouchauds qui se trouvait sur le plateau du côté de Chapdes Beaufort. Les prés du moulin firent parti du domaine de Montavert qui se trouve à l’est du monastère sur la paroisse de Comps. On fermait les foins des prés qui entourent le monastère dans de vastes granges dont on voyait encore les ruines il y a peu d’années entre la chartreuse et le moulin. Les religieux avaient quatre à cinq chevaux plusieurs mulets et un grand nombre de bêtes à cornes. Leurs bœufs, leurs chevaux étaient ce qu’ils y avaient de plus beaux au pays. il en était de même de tous les autres animaux qu’ils possédaient nous ne savons a quelle époque ils établirent le magnifique moulin à trois tournant que l’on voit encore aujourd’hui nous pensons que ce fut pendant le 13éme ou 14éme siècle. L’emplacement fut parfaitement choisi il serait difficile de trouver une plus belle chute d’eau Les V.P. avaient fait construire plusieurs moulins sur leurs propriétés des droits de dime, de pêche leur avait été donné sur la paroisse de Charensat en 1225 par Cambonne comtesse d’Auvergne il parait qu’ils firent élever plusieurs moulins et mallieries sur les ruisseaux qui leur appartenaient voici à ce sujet un extrait de documents assez étendus qui se trouvent sur un plan dressé en 1775 par Jean Baptiste Marie Heyrauld géomètre commissaire aux droits seigneuriaux « La directe de R.P. chartreux est traversé à l’Orient par un ruisseau qui prend sa source au-dessus des pêcheries des conchons reçoit plusieurs petits ruisseaux prend différentes dénominations et des moulins et malleries qu’il fait aller. Il se trouve deux moulins et douze malleries qui sont de la censive des chartreux. » Il est certain que ces deux moulins et ces douze moulins à foulon n’existaient pas en 1225 lorsque la pieuse Cambonne par une charte rédigée dans le château des moines de Montfermy fit don aux religieux du Port Ste Marie du cinquième des revenus sur la vaste paroisse de Charensat. Les chartreux formèrent peu à peu sur les terres vagues et abandonnées de Mai. Le domaine de Mai et plusieurs étangs et pêcheries. Le village de Mai se trouve sur la paroisse de Charensat à une heure et demie de ce bourg à l’est près du village et du moulin de Parinet.
Les chartreux n’obtiennent pas seulement des prairies sur les bords de la Sioule ils en créèrent en bien d’autres endroits à des distances éloignées de leur monastère. Ils transformèrent en prés une partie du vaste paccage que leur avaient été donné près du village de l’Etreille sur la paroisse de St Georges de Mons ces prés furent attribués au domaine de Montavert dont plusieurs portent encore le nom et sont connus à l’Etreille au Giraud sous les noms de près de Montavert.
En 1320 les V. P. Chartreux achetèrent à Monsieur Sailhant seigneur du château ou village de Sailhant (1) un pré important dans les appartenances du village des Giraud ce pré fut amélioré et annexé au domaine de Montavert qui se trouvait à six kilomètres de là. Le terrain de Montavert est si sec qu’on ne pouvait récolter du foin.
Dans le cours du 16éme siècle la prairie des Pradeaux qui se trouve entre les bois de Chirmaux et du Deves sur le ruisseau de Chirmaux fut formé ou du moins amélioré et considérablement augmentée par les religieux du Port Ste Marie elle fut donnée au domaine de Triolet paroisse de Chapdes Beaufort aussitôt devenus maitres de quelques terrain vague abandonnés. Les pères dans leur intérêt et dans l’intérêt du pays cherchaient à rendre ces movais terrain productifs. Et remarquons le bien ils ne créèrent pas seulement des prés, du pacage ils créèrent aussi bien des terres et des champs. Aussi tenaient ils beaucoup à devenir maitre absolu des tènements qu’on leur donnait ou qu’ils achetaient afin de pouvoir les défricher, faire défricher donner à cens comme ils l’entendaient.
Guillaume de Beaufort en 1292 fit don aux chartreux de tous les bois qui s’étendaient de la grange de Montavert au village du Soulier et notamment du bois de Costefouillouze voici les stipulations que les religieux firent introduire dans la charte : « Consentent le dit seigneur et les dits habitants du village de Boucheix que le dit bois de Costefouillouze et appartenances demeurent en propriété pure aux dits religieux et que les dits religieux sont maitres et leur est libre d’en faire à leur volonté défricher et cultiver aliener et permuter donner à cens comme bon leur semblera. Au mois de mars 1277 le jeudi avant le lotare Jérusalem die jovis ante lotare Jérusalem on indiquait ainsi le dimanche dont l’introït commence par ces mots lotare Jérusalem comme aujourd’hui nous appelons le Dimanche après Pâques quasimodo parce que le premier mot de l’introït de ce jour est Quasimodo Au mois de mars 1277 Guillaume de Beaufort renonce en faveur des chartreux a tous les droits qu’il avait dans certaines forêts. Les religieux du Port Sainte Marie acquirent ainsi le droit de faire défricher ces bois et ils firent introduire dans l’acte les clauses suivantes : Le seigneur de Boucheix ne pourra vendre ni les gros ni les petits arbres ni les verts, ni les secs il ne pourra même pas vendre l’écorce de chêne.
Voici un abrégé d’une carte de 1294 « Quittation de tout ce que le seigneur de Boucheix pouvait avoir dans les bois de Farges, de Cotechaude et permission en conséquence de la ditte quittation de faire rompre et défricher les dits bois par les hommes de Farges au profit et utilité des religieux de la chartreuse in perpetuum pacificé et quiété et absque contradictione aliqua possint perseindere et hisartare seu in agriculturam redigere »
(1)On voit encore les ruines de ce château ou de ce village dans les bois de hautes futaies de Saillant près du village de Belchard (commune de Chapdes Beaufort).
Faisant maigre tous les jours les chartreux s’occupèrent dès leur arrivée en Auvergne d’acquérir ou d’établir des étangs.
L’étang du soulier fut l’un des premiers qu’ils possédèrent Il fut établi dans une petite vallée entre le bois de Chirmaux et les bruieres du Soulier sur un terrain sans valeur pour aller du Soulier à Chirmaux on passait sur la chaussée. Le petit ruisseau qui sépare les paroisses de Chapdes Beaufort et de Comps alimentait cet étang qui était très petit mais profond Comme le poisson ne pouvait ni grossir ni s’engraisser dans une eau si mauvaise et sur un terrain si ingrat les religieux destinèrent cet étang à l’alvinage. Ils poussèrent l’art de la pisciculture à un degré dont nous pouvons difficilement nous faire une idée. Dans l’étang du Soulier il n’y avait qu’un nombre bien restreint de grosses carpes de temps en temps on avait besoin d’alviner les grands étangs de Laqueille à Charensat, de Bourdelles près de Saint Georges de Mons ou autre alors on prenait l’alevain dans l’étang du Soulier et on l’emportait dans des tonneaux quelques fois à de grandes distances. On avait de l’alvin de truite de brochet, de carpes, de tanches etc…
Près du village de Boucheix a une demi-heure du Port les R P chartreux possédaient plusieurs étangs le plus important était celui de la Paléne. En 1482 Dom Chaudon alors procureur fit plusieurs acquisitions plusieurs échanges pour établir cet étang qui donne d’excellent poisson.
Le 28 Juillet 1487 Gilbert de Lafayette seigneur de Pontgibaud donna au monastère du Port Ste Marie les trois étangs de Malmol, de Pomeyrol et de Courieulx ces trois belles pièces d’eau se trouvaient à la suite les unes des autres au territoire de Malmot paroisse de St Gervais . Ces étangs étaient à trois lieues de la chartreuse.
En 1702 les moines du Port achetèrent à Marie de Ronziéres représentée par son tuteur Andrebrand de Prades l’étang de Laqueille pré le village de May paroisse de Charensat cet étang était dans un très movais état les religieux en firent rétablir la chaussée qui était rompue en plusieurs endroits et tombait en ruine.
Pendant les 13éme, 14 éme et 15 éme siècle la chartreuse avait acquis des propriétés importantes de vastes paccages sur les tènements des villages du Vert et Bourdelle paroisse de St Georges de Mons. Il y avait à la gane de Planchecourbe un magnifique emplacement d’étang qui appartenaient presque entièrement aux vénérables pères chartreux aussi dès la fin du 15éme siècle eurent ils la pensée d’établir en cet endroit un vaste étang. Mais plusieurs obstacles les arrêtaient il fallait désintéresser quelques seigneurs qui n’étaient pas toujours bien disposés à leur égard entre autre Mrs de Gimel et de Rigaud il fallait acheter plusieurs parcelles de terrain aux habitants du village de Bourdelles enfin le consentement de sa Révérence le prieur de la grande chartreuse était nécessaire.
Voici la pétition adressée à cet égard par Dom Jérôme Robin Procureur du monastère en 1652 au prieur de la Grande chartreuse : (rien)
Ce n’est qu’en 1710 que les religieux du Port Ste Marie purent établir l’étang de Bourdelles. En parcourant les pièces nombreuses qui concernent cet étang nous avons pu nous faire une idée des difficultés sans nombre que rencontrèrent les chartreux pendant plus d’un siècle de 1600 à 1710. Le 19 avril 1710 ils obtinrent le consentement, l’autorisation de Mr de Gimel seigneur de Chapdes et le transfert du chemin de St Georges à Chapdes Beaufort.
Avant de jeter les fondements de la chaussée de l’étang de Bourdelles les RP chartreux firent proclamer à haute voix et plusieurs fois sur le lieu de Planchecourbe qu’ils allaient établir un étang dans cet endroit que si dans ses intérêts quelque propriétaire voisin y voyait des inconvénients et devait faire ses réclamations au plus tôt. Tous les habitants des villages voisins ayant gardé le silence les travaux furent commencés. L’étang de Bourdelles était l’un des plus beaux de l’Auvergne dès lors les RP trouvèrent dans la Sioule qui coulait sous les murs de leur monastère, dans les étangs que nous venons de nommer et dans quelques autres dont nous n’avons pas parlé tout le poisson dont ils pouvaient avoir besoin soit pour eux, leurs malades et leurs nombreux visiteurs. Dans leur enclos sous les murs de leur couvent du côté du nord ils possédaient plusieurs pièces d’eau vives plusieurs viviers ou ils nourrissaient de magnifiques poissons qui faisaient l’admiration des étrangers chaque jour on leur jetait des restes de pain de légumes et autres choses qui ne pouvaient être utilisés Quelques-uns de ces poissons étaient parfaitement apprivoisés a un tel point que certains moines les appelaient sur les bords de l’eau les caressaient et leur donnaient à manger dans la main.(1) Mgr Bouillaud supérieur du grand séminaire qui visitait de temps en temps la chartreuse avait été témoin de ce fait.
Un jour pour lui rappeler la pêche miraculeuse des apôtres, lui procurer un instant de récréation et d’amusement innocent le R.P. le prièrent de lancer un coup de filet en un certain endroit de la rivière. Quelle surprise ! Le coup fut si heureux que le vénérable supérieur ne pouvant retirer son filet l’énorme poisson qu’il avait pris avait été attaché et caché soigneusement dans cet endroit de la rivière".
(1) souvenirs de Mr Bouillaud ancien










