6-Le temps de la révolution


La révolution de 1789 marque la fin de la communauté religieuse du Port Sainte Marie.

À cette date, le prieur du monastère est  Dom Gerle. Le 15 mars 1789, des représentants du clergé sont réunis à Riom pour élire les représentants aux Etats généraux. Nommé comme suppléant suite à la démission de M. de la Bastide, curé de Paulhaguet, Dom Gerle, est admis à  siéger à Paris avec les autres députés auvergnats le 11 décembre 1789 . Partisan des idées nouvelles, il se fait affilié au club des jacobins. Le 27 décembre 1990, il prête serment à la constitution civile du clergé. Membre du Comité ecclésiastique, il propose divers textes à l’Assemblée pour que le catholicisme demeure religion d'État ou pour réclamer une indépendance spirituelle. Mais c’est son discours du 12 décembre 1790 concernant "le sort des individus qui composent les Ordres religieux de l'un et l'autre sexe" qui restera célèbre.

 

 De Paris, il continue de s'occuper des affaires du Port Sainte Marie pendant quelques mois.

Des courriers réguliers sont échangés avec les chartreux du Port.

Une de ces lettres citée par l'Abbé Mioche explique le peu de documents existants sur la vie interne du couvent:  "Otés du chemin comme j'ai dit nos livres de rentes, nos comptes mettez dans un petit coin les contrats de rente qui subsistent, enlevés les couvertures que j'y suis mises parce qu'elles ont des numéros indicatifs dites à Dom Bertrand de brûler ce dont nous sommes convenus il faut pour cela beaucoup de prudence et de vigilance".  

 


 Procès-verbal de l'assemblée des communes et de l'Assemblée nationale..... séance du samedi 12 septembre 1789
 

    

 

Par une autre, Dom Gerle demande aux moines de lui faire parvenir l'argenterie du monastère pour l'offrir à l'Assemblée Nationale à l'exception "des couverts de table et de 2 petits bouquetiers".

 

 

 

 

 

C'est lui qui figure, dans le tableau du « Serment du Jeu de paume » de David, bien que, à cette époque, il ne siège pas encore.

 Dès 1790, les moines sont volés et menacés. Malgré cette situation difficile, ils entreprennent des démarches et réussissent à faire classer le monastère parmi ceux qui doivent être conservés comme maison de retraite.

En septembre 1790, le domaine de Prompsat est vendu. 

Quatre inventaires seront dressés sur ordre du directoire du district de Riom :  le 19 mai 1790 par la municipalité de Chapdes-Beaufort,  le 19 mai 1790 par des administrateurs du district de Riom, le 28 décembre 1790 par la municipalité de Chapdes et  le 20 novembre 1791, ou des officiers municipaux mandatés par le directoire du département se rendent au monastère et confisquent tout ce qui n’est pas utile à la vie commune des moines. L'abbé Mioche indique que la communauté du Port Sainte Marie regroupait en 1791 17 moines  et 7 convers  (voir la liste dans la rubrique archives)

Les dégradations continuent, toutes les propriétés de la Chartreuse sont vendues en 1790 et 1791. Il semble que la répartition se soit faite au profit de tous les habitants du secteur.(voir Regards sur les revenus et possessions en Combrailles E.Montpied et , M.et A.Faure A. -Brayauds et Combrailles).

 

L'Assemblée Nationale, par décret du 17 août 1792, décide que toutes les maisons religieuses doivent être évacuées le 1er octobre de la même année. Le 31 août, un administrateur vint retirer les archives du Port Sainte Marie pour les transporter au district de Riom.

Les quarante derniers jours de la Chartreuse (du 20 août au 1er octobre 1792) sont une véritable « agonie ». Les exactions se multiplient sur le monument. Pour y pénétrer, on enlève plusieurs grilles de fer, on démonte des portes, on brise des croisées, ... comme on le fait aussi des tuyaux des fontaines!

Cette situation est d'ailleurs attestée par un rapport du juge de paix de Manzat daté du 14 septembre :

«  Vous jugerez par là que la chartreuse est pour ainsy dire au pillage; on y brise les pierres de taille pour avoir des ferrements, même celles des croisées. Plusieurs serrures ont été enlevées, par ce moyen les voleurs peuvent pénétrer dans l'intérieur du couvent et enlever le mobilier qu'il me paraît très-urgent de fair vendre sans le moindre retard. Je pense encore qu'il serait convenable de faire perquisition dans le voisinage de la chartreuse, scavoir si l'on ne trouverait pas les objets volés et notament la grille de fer pezant environ un millier. Mais je suis pour ainsy dire dépourvu de mainforte, j'attends là-dessus votre avis…, signé Astaix. » 

 


Le 2 octobre 1792, les moines quittent leur désert. 

« Le dimanche premier octobre, ils chantèrent la messe pour la dernière fois; comme à l'ordinaire, les paysans des environs étaient venus l'entendre. L'un des vénérables Pères prit la parole et fit de touchants adieux. Il déclara que leur volonté,la plus absolue, était de rester et de mourir dans leur couvent, qu'ils ne le quittaient que parce qu'ils y étaient forcés par le gouvernement, qu'ils ne cédaient qu'à la force ... »

 

Après le départ des chartreux du Port Sainte Marie, le mobilier fut vendu sur les lieux, ou pillé. Puis la Chartreuse est mise en adjudication le 30 Juillet 1793.  

 

Certains moines vont rester dans la région ce qui n'est pas du gout d'une partie de la population comme en témoigne cette lettre adressée aux membres composants le Comité Révolutionnaire de Riom.

«Pontgibaud, le 30 messidor l’an second de la République française une et indivisible.

Citoyen,

             Nous vous donnons avis que dans la commune de Comps, tout près de la cy devant chartreuse, il existe des êtres connus jadis sous le nom de frères chartreux. Leur présence dans ces lieux ne peut être que suspecte. Cet empressement à habiter un pays qui n’est pas le leur, au pays qui n’offre à l’industrie que de faibles ressources, un pays si voisin du lieu où ils se sont façonner à tant de coupables habitudes, laisse entrevoir des arrières pensée des intentions perfides. Ils furent dans les temps de zélés ministres du fanatisme. Depuis pour escroquer à la générosité nationale un traitement, ils jurèrent, ils parurent se metre à l’ordre du jour. Mais tout cela n’est qu’un leurre politique, dont nous savons n’être plus les dupes. Le virus monacal circule dans leurs veines, et quelques singerie patriotiques ne sont mises en avant que pour donner le change, et distiler avec plus de sécurité le venin de la corruption. L’un deux est de ces empiriques, dont le funeste métier l’a mis comme en crédit cher le trop crédule campagnard. Enfin ce sont des êtres qui semblent faits exprés, pour être des missionnaires de la doctrine de Dom Gerle. La conduite de ce dernier, commande de balayer les restes impures de cette horde sçélérate, qui infecte encore les alentours de son encien repaire. Prener contr’eux les mesures de sûreté convenables, et vous seconderer notre zèle exterminateur de toutes les tyrannies.

             Salut fraternité."

( AD du Puy de Dôme L 6315, n° 21)

 

 Le monastère est acquis en 1795 (le 22 thermidor, an IV de la République) moyennant la somme de 28.008 livres par Jérome Boutarel, juge de paix à Pontgibaud. Puis elle semble avoir été rachetée vers 1800 par plusieurs paysans locaux. 

  

Des espoirs  pour le site 

 Cette situation empêche la tentative de rétablir le monastère par les curés des communes avoisinantes vers 1840. Le 2 février 1870, la visite d'un père chartreux amène un nouvel espoir de rétablir le couvent sur le site mais un courrier arrête à nouveau le projet.(A.Mioche)

 

Le site s'endort, reste un lieu de curiosité jusqu'aux années 1970, date à laquelle est créée l'Association des Amis de la Chartreuse Port Sainte Marie pour sa sauvegarde .  

 

 

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