4 -XVIIéme une politique de remembrement


Le temps  des remembrements

Si les ordres réguliers en Auvergne subissent de  nombreuses réformes au XVIIème, les chartreux du fait de leur fidélité à leur règle ne sont pas touchés par ces mesures.

Au Port, les moines durant ce siècle doivent restructurer leur domaine de « montagne ».

De 1620 à 1670, ils étendent leurs propriétés dans des pâturages, des terres et des immeubles en particulier sur la commune de Chapdes-Beaufort. Ainsi en 1642, un remembrement foncier débute pour construire un domaine ramassé aux Bouchauds mais aussi sur les "tènements" de la Rossignol, Montarlet et Vanauze.

      

 

Croix du Soulier

qui devait indiquer les limites du "spaciement " (repères de promenade des pères chartreux)

Les échanges sont rarement équitables car ils répondent le plus souvent à des difficultés financières des familles de certains censitaires ne pouvant honorer les crédits contractés auprès des chartreux. Car à cette époque, les chartreux, grâce à leurs disponibilités financières, pesaient sur l’économie locale en utilisant le procédé du crédit rural avec les paysans en difficultés du secteur de Chapdes-Beaufort. Ils rachetaient, produisaient ou éteignaient les obligations dues sur ces territoires.

Le temps du développement foncier et économique 

Durant cette période, les chartreux agrandissent leur domaine et assoient leur influence plus particulièrement en direction des espaces éloignés du monastère :

      • par des acquisitions lors d’héritages qu’ils accompagnaient de redistributions de terres ou d’offres de travail pour les familles de paysans.
      • en bénéficiant de leurs relations avec les autres abbés et religieux. Particulièrement avec ceux des abbayes d’Ebreuil et de Mazayes. C’est ainsi qu'en 1614 suite, à un abandon des bénédictins de Mazayes au diocèse de Bourges, les chartreux se sont trouvés propriétaires de prieurés ( Chambonnet, Pont du Bouchet et Saint Gervais) et de quelques dîmes à Saint-Gervais ce qui va leur permettre de développer leur influence sur cette ville. Ils vont ensuite acquérir plusieurs maisons dans le bourg et en 1620 une demeure avec un grenier à blé au lieu de La grande Fontaine.Collecteur de la dîme, des franchises commerciales, les chartreux se heurtèrent rapidement aux paroissiens et aux autorités laïques et ecclésiastiques locales.  
      • dans des lieux plus éloignés du monastère, ils achètent des domaines en 1634 aux Martres de Veyre et en 1649 à Authezat et 1697 une maison à Clermont rue de l’ange près de l’hôpital général.
      • aux Ancizes, ils renforcent leur influence sur leur seigneurie haute, moyenne et basse en achetant une maison dans le bourg qui est à l’époque un lieu "commode néanmoins pour le trafic qui se faict dans la province d'Auvergne de bestial [...] grains et autre marchandises" il est en effet situé sur l'ancienne voie romaine Clermont-Limoges qui descendant par Blanchet passe par les Ancizes et franchit la Sioule par le bac de Savy au Pont du Bouchet pour conduire à Auzances. Une portion de cette route est appelée alors chemin de Roumani ou chemin de Riom.

Cette prospérité est à relier aussi aux nombreux domestiques, meuniers, fourniers (boulangers), charrons, garde-chasse, charretiers, muletiers, paysans, métayers ou des hommes payés à la journée (journalier) qui contribuent à la mise en valeur du territoire du couvent.

En lien avec à ce développement économique, les moines obtiennent l'autorisation d'installer des foires aux Ancizes : le 4 avril 1651, Louis XIV accorde le droit d’établir un marché le jeudi de chaque semaine et 3 foires annuelles aux Ancizes dont une pour l’Ascension, date qui correspond toujours actuellement à la fête de la commune. Une décision, renforcée en 1653 par de nouvelles lettres patentes, accorde cinq autres foires.

1/2 et 1/4 écus Louis XIV  (coll. asso.)

 

Un état des foires et marchés établis dans la province d’Auvergne : généralité de Riom du 8 août 1788 indique :

« Aux Ancizes (paroisse de Comps) : les foires se tiennent le jeudi de Pâques, le veille de l’Ascension, la veille de la fête Dieu, le 26 juillet, le 21 août, le 7 juillet, le 14 août et le 13 septembre. Le montant des droit s’élève à 6 deniers pour chaque bête à corne et de 3 deniers pour les bêtes à laine. Ces droits sont perçus par les chartreux du Port-Sainte-Marie, en vertu de lettres patentes datées du 4 avril 1651 et du 14 juillet 1653. Les chartreux entretiennent une halle et des bans. Aucuns grains ne sont vendus dans cette foire. Il n’existe pas de marchés aux Ancizes ».( 1 C 833 AD Puy de Dôme)

 

En 1729, dans un état détaillé des biens et des revenus il est indiqué que le couvent compte 20 moines, 8 frères et 30 domestiques. Le capital des chartreux se compose de :

      • 9 domaines de montagne rapportant 2000 livres tournois soit près de 17% des revenus. Ces domaines sont désormais gérés sous forme de métairie à durée limitée rapportant des revenus en nature (grains, laitage, œufs...). Les paysans n’ont désormais plus aucun droit sur leurs terres et sont soumis au bon vouloir des moines.
      • des directes et des censives sur les 7 paroisses environnantes ce qui leur permettaient d’obtenir diverses quantités de grains et autres denrées (froment, seigle, avoine, fèves, gallinacés, huile, cire...) et aussi des services (corvées de charrois et de manœuvres) ou de l’argent ; le tout fournissant 2440 livres et 12 sols tournois représentant 21% des revenus.
      • La dîme des grains collectée sur 13 paroisses de montagne soit 2398 livres 20 % des ressources.
      • Un domaine forestier qui ne fournit qu’une part négligeable de revenus du fait des difficultés d’exploitation 0,3 %.

 

Cette période de prospérité correspond aussi à la reconstruction des bâtiments de la maison haute qui prend un caractère monumental.

 

En 1676, les chartreux entreprennent la restauration du monastère dont ils assurent une partie d’autofinancement par l’achat de carrières de Volvic.

 

 

En 1791 et 1794, les Combrailles comme une bonne partie de l'Auvergne connaissent de terribles famines qui entraînent une hausse du prix de vente des grains. Une situation qui amena tout naturellement les chartreux a organiser des distributions de pains au monastère comme en témoigne une lettre de l'intendant d'Auvergne  M de Vaubourg qui qualifient les chartreux du Port Sainte Marie de "pères et protecteurs des pauvres". Ces situations difficiles qui vont se renouveler au cours du siècle suivant sont l'occasion pour les moines de reprise de terres ou de prêts aux personnes en difficultés financières.  

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